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mardi 11 octobre 2011

Clé des champs

Quand j'ai soulevé le rabat des sacoches flanquées de chaque côté du Panhead 1952, j'ai découvert dans une pochette en plastique ce catalogue jaune, marqué d'une bouille à remonter le moral d'un retraité Grec.
J'aime bien le coup de crayon, et la couleur du papier de couverture est vintage à souhait.

En feuilletant le catalogue, on découvre toute la gamme des bécanes de cette année là, présentée en vis à vis de dessins illustrant une vie radieuse et insouciante, toute tournée vers le mouvement et les robes Vichy.
Finalement, 60 ans plus tard, je tiens entre mes doigts un Manifeste de bonheur à pétrole, le chemin le plus court n'étant pas forcément la ligne droite, mais, comme le laissent supposer les minois des pin up rhabillées, les petites routes qui se perdent dans la verdure et les sous-bois.

jeudi 29 septembre 2011

4 garçons dans le vent

Nous étions quatre. Normal pour les Mousquetaires que nous souhaitions être. Nourris de romans épiques et de série B, il nous arrivait de défendre la reine en enfourchant nos bécanes nourries au Regular. Elle ne s'appelait pas Margot, ni Aliénor, je ne me souviens que de son rire en voyant passer nos destriers à gros pneus, quand nous suivions nos ombres vers l'est à la tombée du jour.

dimanche 28 novembre 2010

En bécanes et en short

Il avait fallu remonter la guitoune et tout le barda avant que le ciel ne leur tombe sur la tête. Et l'idée de plier une tente en coton, trempée d'eau de pluie ne les enchantait guère.
Les motos françaises avaient tenu le coup jusque là, et tonton alignait les fanions des coins de Bretagne qu'ils avaient traversés.
Maman avait fini de passer le café dans le thermo, et après avoir fixé le dernier sac, la petite équipe avait poursuivi sa route, certaine maintenant de rencontrer le crachin breton "qui ne mouille que les cons", comme on dit dans ce coin de Bretagne.

Les voilà maintenant sur le bord de la route, du côté du Mans. Le soleil d'août est de nouveau de la partie. Tout le monde à poil, il a dit tonton ; et c'est le moment d'enfiler les shorts, sortis des premiers sacs de toile, et de ranger les pantalons mouillés et froids, au fond de la sacoche du Terrot.

Le temps de vérifier les bougies et l'état du pneu arrière, le temps de se dégourdir les jambes et de respirer l'odeur de l'herbe mouillée, le temps d'une photo avec maman en sous-tifs noirs.


Plus tard, les motos seront vendues et remplacées par une voiture avec un toit et un coffre. Tonton continuera longtemps à coller les autocollants sur la plage arrière de la Panhard jusqu'à ne plus rien voir à travers la vitre.

En découvrant ces photos, il me vient l'envie d'ouvrir en grand la fenêtre et de respirer l'odeur de pluie qui mouille la route devant la maison.
... et d'ôter la bâche qui recouvre la 350 Terrot que j'ai dégotée à la Bourse de Montclar en Quercy et qui m'attend dans le garage.









Merci à Flippe pour ces photos, trouvées dans l'album de ses parents (sa maman est à droite, sur la dernière photo).

dimanche 14 novembre 2010

Bobber


"Il a simplement enlevé le superflu, et gardé l'essentiel."

Voilà la formule clé pour obtenir un bobber "de sa race", pour s'aligner à côté d'autres bécanes, elles aussi dépouillées d'un acier américain bien trop lourd, de garde boue enveloppants, du phare gigantesque flanqué de capotages chromés.


Plus tard, le buddy seat cèdera sa place à une selle monoplace de marque Bates et sera oublié au fond de l'atelier, avec les fender d'origine et les flasques de roue maintenant incongrues.

Ce même buddy, je l'achèterai 60 ans plus tard sur EBAY US, avec ses petites étoiles patinées sur rosettes orangées, relique débarrassée de sa poussière d'un demi-siècle. La pièce rejoindra la base restaurée du même ex-bobber des années 50', transformée en "Frisco style" avec longue fourche et peinture pailletée dans les années 70' puis définitivement rangée (des vélos).

Il m'aura fallu fouiller les surplus des cimetières néo pop, scruter les petites annonces des fanzines pour retrouver le début d'une histoire à réécrire. Remettre le compteur à zéro, en veillant à l'origine du fond bleu vert, typique des années 1950 à 1952.

Un p'tit tour de clé au contact et le manège entame lentement au autre tour de siècle...


samedi 25 septembre 2010

Ford 32

Pour Charles...


Il y avait près d'Orléans une piste d'aviation qui avait servi de base à l'armée américaine avant 1964. La piste en béton offrait la possibilité de faire rouler nos rods et on s'en privait pas, quand arrivait le week-end.

Tout autour, la végétation avait gagné les abris tunnel en tôle cannelée, et on respirait un air de fin du monde, quand on lançait les engins à toute allure.

Ce petit jeu pouvait nous prendre tout l'après-midi du samedi.
Les filles qui avaient du cran grimpaient sur les Ford à côté de nous, et j'aimais bien voir leur chevelure marquer le sens du courant d'air en pleine vitesse, comme les manchons qui bordaient les pistes d'atterrissage.


mardi 3 août 2010

Bungalow

C’était comme si on avait posé une boîte à chaussures en équilibre sur une dune de sable, une structure de carton rigide à l’échelle d’une vraie maison.

Des néons parmes traçaient dans la nuit le corps sexy d’une Baby Dole dont la pointe du sein droit avait disparu avec la dernière surtension électrique. Lorsqu’on avançait au bout d’une enfilade de boutiques de fringues bon marché, de laveries automatiques éclairées la nuit, de brasseries à touristes, on percevait, avant le bruit des vagues, le grésillement des papillons prisonniers de la lumière des réverbères, plantés devant la boîte à chaussure.

C’est là qu’était posé le dernier saloon de la petite station balnéaire, dernier bistrot avant Alger, de l’autre côté.

Les échoppes étaient regroupées dans la rue principale.

Une voie étroite menait jusqu’à un parking protégé par une barrière rouge et blanche que l’employé municipal levait au début de l’été, libérant un accès privilégié à cette plage toute proche.

Parvenu au terme d’une transhumance estivale jusqu’à cette frontière, le touriste descendrait de son véhicule pour enjamber une dune hérissée de rangées de piquets de bois et découvrir un espace de jeu débarrassé des dernières scories du petit commerce.

D’aucuns, certaines nuits d’hiver, avaient oublié cet arrêt obligatoire pour sauter la dune au volant de leur voiture et achever leur course sur la plage, les roues dans l’eau salée, immobiles et surpris. C’était connu.

L’image, incongrue, nourrirait le lendemain la chronique du journal local, comme l’aveu d’une baignade de nuit qui aurait mal tourné.

Ce lido de sable, c’était le devant de porte du Bikini.



La boutique ouvrait à partir de 10H00, tous les jours de début avril au mois de septembre. Un bistrot saisonnier qui faisait aussi restau à tapas, et dont la couleur sur les murs évoquait immanquablement les parfums des crèmes glacées italiennes : la vanille pour les murs, la pistache pour le plafond percé d’un immense ventilateur, tournant de guingois depuis qu’un touriste éméché s’y était suspendu comme à une branche de palmier.

Dans la salle principale du restaurant, des petites tables en formica cernaient un juke-box toujours en panne. Une collection de vaporisateurs Flytox, suspendue au plafond par des fils de nylon, renvoyait au destin d’un essaim de mouches réincarnées en tubes pistonnés.



dimanche 1 août 2010

Espace intime


Joe avait flashé sur ce coin de campagne, loin des boulevards de 19H00 et des néons urbains. A un virage sur la route de Eugene, il avait aperçu ce bloc de béton et de verre, quatre murs pour soutenir son garage à bécanes.

Négocié le prix d'achat à un gus qui vivait derrière une pile de dossiers et qu'il avait surpris en lui tendant sous le nez une liasse de dollars en guise de compromis de vente. Une offre pas négociable.
Il avait choisi ce coin de terre pour ranger ce qui lui restait à vivre. Remplir l'espace avec les bennes de ferraille et de moteurs à venir, alignés comme des sulfures dans un cabinet de curiosités.


La salle résonnait maintenant des bruits de la meuleuse électrique occupée à tronçonner des cadres nus au milieu d'étincelles de métal, et les murs étaient couverts de collections de casques et de selles qui avait nourri son ancienne vie de mécano.

Au fond de l'atelier, un comptoir hand-made marquait la limite de son espace personnel. Derrière, on devinait les vestiges d'une vie tourmentée de ruptures, et chacune d'elles marquait une étape dans sa vie : une tête de taureau empaillée pour le souvenir de son Espagne natale, une photo grand format représentant un buste de femme brune dont l'ombre du sein attirait l'oeil comme un hameçon de chair, juste la nostalgie du désir au milieu de reliques plus intimes.

Sous la mezzanine qu'il avait aménagée pour vivre, quatre motos attendaient sagement leurs propriétaires. Le ciselure des pneus renvoyait à d'autres époques, rien de superflu dans l'agencement des machines.
Un panneau en bois, soutenu par deux poulies sur un rail de métal, interdisait toute communication avec la chaleur crayeuse de l'extérieur, et quelqu'un avait écrit à la bombe de peinture le nombre 56, comme le millésime rare d'un Bordeaux réputé.


Suant sur un axe de roue arrière, Joe n'avait pas entendu le client qui observait la scène derrière lui. Costume blanc impeccable, la quarantaine, l'homme n'appartenait pas au milieu qui fréquentait cet endroit.
"Du beau boulot que vous faites. On voit que nous n'aimez pas traîner sur un bout de ferraille."

Joe a lâché la clé de 1/2 et a frotté un chiffon sale sur ses doigts avant d'avancer vers la silhouette blanche.
"C'est peut être que j'aime pas perdre mon temps", il a répondu.




mercredi 7 avril 2010

Une ville, la nuit


La moto repose sur sa béquille, inclinée du côté gauche. Il a plu un peu ; les lumières des néons révèlent une flaque graisseuse sur laquelle le halos jaune du réverbère vient adoucir un horizon de lances et de verre.
Tout a l'air propre maintenant, rincé. L'homme derrière la vitre continue de remuer les bras sans que le son de sa voix et des objets qu'il cogne ne troublent le silence. Toutes ces images n'ont pas de sens connu. Un film muet qui s'efface au moment de sa projection.

Posée comme une icône abandonnée, la moto garde intact sa capacité à remuer la nuit. Ne reste alors que le moment de la confrontation des solitudes au petit matin.

La fin du film précise que l'homme démarre la moto en appuyant fort sur le kick, et le déchirement sec du moteur trace un rai le lumière dans le décor noir de la ville, piquant les yeux comme la nudité d'une peau révélée par le zip d'un blouson.






lundi 5 avril 2010

Sweet ride


"En fait, regarde, le type, il est bien assis sur le réservoir ; pas comme tu fais, il me reste plus de place pour mes fesses tellement tu prends toute la place.
- Attends, j'ai changé de buddy pour que tu puisses t'asseoir à ton aise, viré les oreilles de maintien pour une barre simple qui fait le tour de la selle et empêche la migration des fessiers. Reste plus que la main courante et le harnais de sécurité si t'as pas confiance.
- Bon, alors, vas-y doucement, faudrait pas que j'finisse sur les sacoches. Mais t'es sûr que t'as les pieds sur les pédales ?
- Même que je tiens le guidon des deux mains et que la sirène elle va hurler sa mère quand je vais passer la seconde.
- Attends, attends, je regarde derrière et je te dis."

Quand elle m'a tapé sur l'épaule, j'ai tombé la première avec le talon et on a avancé comme ça, collés comme des tranches de jambon jusqu'au rond-point du Petit Montlaur. J'avais répété avant de charger Monique et la position était pas des plus confortables. Mais ça allait jusque là, Monique avait son menton posé sur mon épaule, ses bras serrés autour de ma taille et je pouvais envoyer les gaz en faisant coucou avec la main gauche.

Au bout d'un moment on a trouvé nos marques, la moto avançait toute seule et avec nous dessus, ça faisait comme sur la photo du Frigo sauf pour les bottes et les casquettes qu'on n'avait pas voulu investir.
Alors on a fait le tour de la zone en évitant les gosses et les chiens, on roulait pépère en seconde et quand il a fallu freiner, j'ai carrément levé le pied pour trouver la pédale droite, et la moto elle a guidonné un peu mais c'était fun, pas comme la dernière fois quand Monique elle a sauté de l'engin en criant Maman avant que je fasse un tout droit dans le garage du Père Bouisse.

mardi 9 mars 2010

BOARTRACK de la muerte


J'ai découvert le BOARDTRACK en parcourant un article sur un exemplaire de WILD ; une aventure humaine incroyable sur une piste en bois entre 1908 et 1926. Un anneau de vitesse et d'échardes mortelles.
Je cours maintenant de photos en reportages sur le sujet, détaille les visages couverts d'huile figés sur des clichés d'époque, parcours les récits de courses folles qui lancent sur l'anneau pilotes et machines.

Du bruit, du sang et de l'acide pour décaper la piste gorgée d'huile, avant que ne se referme une boucle de rage et de mort.
On achève bien les chevaux...



mercredi 3 février 2010

Pièce d'identité ?

L'histoire est belle et édifiante. Eclairante sur la vanité de l'homme à vouloir s'enfermer dans des frontières qui isolent, quand le sentiment d'humanité voyage au delà des lignes.


Sarah Kaminsky est née en 1979 à Sidi M'hamed, en Algérie. Elle a raconté, lors des conférences TEDx, samedi 30 janvier à Paris, l'histoire extraordinaire de son père, Adolfo Kaminsky.
"Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront..."
Quand, à 17 ans, Adolfo Kaminsky devient l'expert en faux papiers de la Résistance à Paris, il ne sait pas encore qu'il est pris dans un engrenage infernal, dans une course contre la montre, contre la mort, où chaque minute a la valeur d'une vie.

Le Monde du 3 janvier 2010


lundi 25 janvier 2010

Payer Cash


"Johnny CASH (né J.R. Cash le 26 février 1932 à Kingsland, Arkansas US et décédé le 12 septembre 2003 à Nashville, Tennessee) était chanteur, guitariste et auteur compositeur de musique country américain.
Avec 90 millions d'albums vendus au long de ses cinquante années de carrière, il est considéré comme une figure majeure de la musique américaine du XXième siècle."

Voilà ce qu'on peut lire sur J. Cash en parcourant Wikipédia.

En tombant sur des images d'archives de son concert à San Quentin, l'autre jour, j'ai découvert un personnage plein d'humanité et de souffrance, un chanteur engagé et lucide.

Photos siou plait







mercredi 13 janvier 2010

Histoire d'un Club US


Une video comme un document exceptionnel.
Le témoignage d'un membre d'un Club de motards US, une plongée authentique dans le monde de la moto et du Rock and Roll (faudra que j'me calme sur ce type d'annonce ou je vais finir sur TF1)...

Témoignage ici

(merci Nell pour ce lien)


samedi 12 décembre 2009

Le motard aux lunettes rouges


Hubert traverse le monde sur son side OURAL (l'an passé c'était un side BMW) et poste régulièrement sur son site.
Aujourd'hui, il est en MONGOLIE, et roule par des températures de -45°. Si vous voulez le suivre dans cette "aventure humaine" extraordinaire, il suffit de cliquer sur le lien et de vous envoler au pays de GHENGIS KHAN, dernière étape du globe trotter fou.



jeudi 29 octobre 2009

Un truc pas possible




Comme on avait rangé les pneus du père à Gus au fond du pré, on a eu, Pete et moi, l’idée d’un parcours aménagé pour nos bécanes.

Ca a été vite fait de les aligner façon « pas japonais », et j’avais à peine terminé le parcours que le Pete a voulu essayer et a enfourché son Knuckle pour foncer dans le jeu.

Je l’ai vu rougir sous l’effort et tenir le guidon d’une poigne bien serrée en jurant tout le long. La fourche n’avait jamais encaissé de pareilles ornières, même pendant nos virées les plus délirantes. Ca faisait GLONG et GLONG et le ressort du springer doublait son allonge quand il sortait de l’ornière.

Quand il a coupé le moteur, Pete a relevé ses lunettes :

« C’est casse gueule comme j’aime ce truc, et on peut organiser des courses d’enfer si on récupère le stock du paternel. Mais faut fixer les pneus avec des fiches, sinon c’est la mort.»

Et c’est comme ça qu’on a eu l’idée des paris.

Pete n’avait pas son pareil pour se faire du fric en inventant des trucs pas possibles.

Maintenant, il était question de proposer le jeu aux dames d’abord, des filles de fermiers qui n’avaient peur de rien, qui carburaient aux pancakes et au sirop d’érable. Le Pete avait compris l’enjeu et posait en dandy avec un sourire pour ces dames, un petit geste pour vérifier la tension des ceintures de reins et mater leurs fesses. Un vrai tombeur avec sa casquette club et son sourire d’acteur.

Une fois convaincues, les filles tannaient les gars jusqu’à ce qu’elles obtiennent leur bon de participation.

Les paris étaient réglos. Ca marchait d’enfer.

Sur ce coup, il y avait eu du monde le dimanche suivant pour reluquer les donzelles et rigoler un bon coup.

Je m’installais alors derrière mon stand de coca, peinard au milieu des bouteilles plongées dans la glace à attendre le chaland. J’avais tout le loisir de mater les runs et de draguer les chéries. Un vrai bonheur.

On s’est marré tout l’après-midi. Succès assuré pour plusieurs dimanches.

On laissait courir jusqu’aux grillades du soir et tout ce monde papotait jusqu’à l’heure du snack, quand il fallait enfourcher les bécnaes pour pousser jusqu’à chez Francis qui annonçait un nouveau groupe venu de Lousiane.

Je restais seul pour ranger le bazar, mais j’avais de l’argent plein les poches et un rancard avec Mina.