dimanche 24 avril 2011
Le side allemand
samedi 2 avril 2011
Tranche de vie




samedi 6 novembre 2010
Juste un spet
mercredi 17 février 2010
Son du désert

vendredi 29 janvier 2010
Comme suspendu
Tout est contenu dans cette image.
Jusqu’aux lignes de fuite qui indiquent forcément que le pilote est allé pisser derrière le bâtiment ou est rentré dans un lavabo par l’une des deux portes latérales, ou qu’il attend de faire la monnaie hors du cadre mais qu’importe car ici, le vrai sujet est la suspension du temps.
Dans une réalité de transit, de rencontre et de mouvement.
D’échange aussi, avec en fond de toile, le déroulé des chiffres du compteur comme seul repaire de panne d’essence, la ronde des numéros qui s’affichent dans le cadran des pompes, le nombre magique des gallons qui remplissent le réservoir, jusqu’au lettrage des pubs et la bannière US qui marque un territoire. Des dollars contre la promesse du mouvement.
L’Hydraglide penche sur sa béquille latérale, et cette oblicité humanise un lieu tout tiré de traits rectilignes et ennuyeux, sonorise un silence de trou de mémoire.
Sans la bécane, ne resterait que l’instantané d’une station aseptisée et névrotique, une image d’Amérique embaumée de perfection. Une morbidité de solitude.
Tout à l’heure, la scène va s’animer. Le décor va se remplir de gens, d’autres véhicules vont rentrer dans le champ. Le point d’orgue restera le départ du motard, le casque posé sur la tête d’un homme ou d’une femme éminemment acteur impliqué dans le casting.
Il y aura le moment du sanglage des affaires sur le rack arrière, le moment du coup de kick, le moment de l’enfilage des gants, des lunettes, tout ce rituel de départ et de montée de chauffe. Le retour du mouvement sera comme un appel confus vers un espace désiré et l’enchevêtrement bienvenu des lignes sera un apaisement.
Peut-être y aura-t-il un air de musique country ou de R’nd Roll pour saluer ce retour à la vie, peut-être il n’y aura rien que le son du moteur et ça sera bien comme ça.
Miami, 3 août 2008
dimanche 3 janvier 2010
Un chemin tout neuf

vendredi 1 janvier 2010
Des culottes de moto, un blouson de cuir noir ...
mercredi 30 décembre 2009
Fête de fin d'année
Je vous souhaite une bonne fin d'année 2009 et un début d'année 2010 plein de bonnes surprises. Merci à Margerin pour sa participation.
jeudi 17 décembre 2009
La sortie du vendredi soir





jeudi 26 novembre 2009
Le scooter nucléaire
Une sacrée belle collection que j’avais, de ces chromos trouvées dans les boîtes de chocolat CANTALOUP.
Des vignettes au format POKEMON que je gardais depuis toujours dans une boîte de biscuits recyclée, avec une étiquette « Régalade pur beurre » à moitié déchirée et mal collée. Une bretonne avec une coiffe souriait mollement sous un lettrage jaune et en arrière plan la dent creuse d’un rocher près de la pointe du RAZ signifiait que les sablés venaient du coin.
Quand j’ouvrais la boîte, c’est tout un trésor de petites images que je découvrais groupées en paquets de 20, avec un élastique autour et une liste des séries à compléter griffonnée sur une page de cahier.
La série « année 2000 » me fascinait plus particulièrement. J’aimais les formes des Spoutniks et la ligne des fusées, les univers oniriques d’appartements meublés tout formica et l’allure des fusées interplanétaires. Les femmes avaient gardé leur robe tulipe à pois et les mises en plis des années 50’, les hommes se baladaient dans des combinaisons en aluminium, avec des renforts rouges aux coudes et aux genoux. Et tout ce monde évoluait dans un espace doré et léger, et quand je passais le doigt sur l’image, je sentais le relief des phares et des roues de voiture.
Dans la même série, il y avait les scooters et les engins de l’an 2000.

Tout fonctionnait maintenant au nucléaire, les chars de combat étaient amphibies ou volants, et les trains monorails à réaction traversaient des villes verticales à des vitesses supersoniques.
Sur la vignette, on voyait le pilote vêtu d’un scaphandre avec un hublot pour les yeux. Assis sur un siège biplace en skaï rouge, il glissait dans la nuit percée d’un puissant halo conique que diffusait l’énorme phare, grâce à une pile nucléaire embarquée sous la selle.
Filant à toute allure, je l’imaginais porteur d’un courrier secret ou en fuite vers le monde libre.
Sous la vignette il y avait ce commentaire : « La vitesse est asservie par l’homme pour son confort , sa joie de vivre et la Paix universelle ».
lundi 16 novembre 2009
Bonne anniversaire PIERO
Lucien avait le don des bûches.
Il n’avait pas son pareil pour réussir ce dessert, sur une base de biscuit mou qu’il roulait dans un torchon et nappait de crème fraîche. C’était un as du gâteau festif, rapport au fait qu’il était pâtissier de métier et gourmand de naissance.
Alors quand l’anniversaire du Piero a pointé son nez, on s’est tourné vers le bonhomme et on a commandé ce qu’il fallait pour une soirée chez Pete. On s’est réparti les tâches et les filles ont de suite voulu s’occuper de la déco du hangar, ce qui revenait à acheter des dizaines ballons qui finiraient de toutes façons éclatés entre deux poitrails de viandes saoules.
Au final c’est à moi qu’est revenue la responsabilité du convoyage du gâteau, vu que j’avais les sacoches et le rack BUCO, le plus large à l’époque.
Dès 20 heures, j’allais me pointer derrière la boutique et charger l’œuvre dans une caisse en bois spécialement conçue pour éviter les fuites. La garniture prévue était fournie en kit et ça rentrait dans les sacoches sans problème.
Ca avait été assez facile de glisser le biscuit dans son logement et de caler le truc avec des serviettes à carreaux. Après les recommandations du chef j’ai kické la bécane et pris le chemin de la grange, en évitant les nids de poule et les caisses à savon des gamins.
J’ai tourné après la ville et suivi le chemin qui conduisait jusqu’à notre repaire, dont la porte s’ornait maintenant d’une banderole peinte avec dessus : HAPPY BIRTHDAY PIERO. On entendait déjà le son du Rock qu’on aimait et je me suis dépêché de porter tout ça dans la petite pièce qui tenait lieu de cuisine.
C’est quand j’ai soulevé le couvercle de la boîte que j’ai compris qu’un cadre rigide avait ses limites dans le transport des vivres. Le gâteau n’avait pas tenu le choc. Il allait falloir reconstruire.
On s’y est mis à deux avec Jane à l’aide de cure-dents et de blanc d’œufs. On a armé la pâte en y plantant des bouts de bois et recouvert le tout de crème en brossant l’enduit avec un peigne à cheveu. Ca m’a rappelé mon premier chantier de maçon et le résultat valait le coup. On a rajouté les petites sucreries de couleur et c’est moi qui ai eu l’idée de la petite moto sur le gâteau, construite à partir de mie de pain ramollie à la salive et sculptée aux doigts.
jeudi 12 novembre 2009
Ombre portée

« Tu enlèves juste tes chaussures. Voilà. Ton pied gauche sur le réservoir. – Le réservoir ? – T’occupes. Tu te tiens au windshield et je prends la photo ».
Dick avait trouvé l’endroit superbe, pas trop loin de la ville, sur la rive droite de l’Hudson Crow. Pas évident la lumière et dégoter un coin peinard où on serait tranquille. Pas évident une femme mariée, pas évident un rencard en moto en fin de journée.
Diane a relevé sa jupe pour laisser voir un peu ses genoux.
Ce serait pas pareil sur un sofa ou une chaise de bistro, il a pensé, elle posait sur sa moto et c’était elle qui avait eu l’idée.
Alors il a calé l’appareil photo sur le capot de la Dodge du mari et a chiadé la mise au point en jouant sur les contrastes. Fallait qu’on voie la moto dans son entier de ferraille et de fonte. Fallait qu’on voie les sacoches aux conchos d’argent.
Le feuillage du chêne a porté une ombre légère sur la roue avant au moment où Diane tournait légèrement la tête. Le bon timing, le bon angle.
Il a entendu le miroir du Pentax et s’est dit que ça ferait un chouette souvenir, ce moment de fin de journée, juste avant le début de l’automne.
…
« Finalement, j’aurais préféré sans la moto. On la voit trop, et moi pas assez », elle a dit quand il a montré la photo.
Il a répondu un truc du genre « C’est toi que je vois» et elle a ri en renversant sa tête en arrière, le regard embrassant le ciel de Virginie. Il a alors caressé d’un doigt son cou découvert et posé un baiser sur ses yeux refermés.
« Tu penseras à moi, en Europe, avec toutes ces jolies filles… » Il a souri comme pour laisser planer le doute. Lui pensait maintenant au bateau qu’il allait devoir prendre le lendemain (son ordre de mobilisation mentionnait le Port de New Philey), et rajusta son calot militaire en même temps qu’elle rajustait son nœud de cravate, maintenant silencieuse.
Virginie 1944
mercredi 11 novembre 2009

Mon médecin est particulier.
Enrouler du câble

D’abord une « base ».
Un cadre Featherbed, un double berceau, ça tient mieux la route et le "guidonnage" est moins casse-gueule.
Et puis, le moteur, forcément un moteur d’anglaise, un T120 pre-unit ou un Norton, pour la pêche et l’architecture du twin. Enfin des bracelets, le plus bas possible sur la fourche, les bracelets. Le poids du corps bien porté sur les poignets pour rentrer dans le virage et bouffer au plus près la ligne de courbe.
Plus de 40 ans que ça me trottait, cette envie "d’ envoyer" sur un circuit. Confronter la bécane aux autres bécanes dans un défit de gosses. A qui tire au plus près du virage, à qui le premier coup de frein, et "kiss my ass" comme à l’époque.
Mon époque, c’était celle des samedis soirs à Bastille.
J’y suis jamais allé à Bastille mais c’est ce qu’on racontait dans Moto Revue : un rencard entre meules pour s’allumer sur le périph' après s'être chauffés autour de la Place, à faire rugir les chevaux du plaisir comme disait l’autre. La piste d'un cirque de mécaniques anglaises, au bitume luisant du crachin parisien. Une vision en noir et blanc, avec un son de trompette bouchée ou de rock saturé.
Dans mon Sud gersois, pas de Bastille ou de périph’ pour de vrai.
Rien que des routes de campagne pour doubler des Motobéc et des 4L agricoles. Auch / Mirande aller retour, un frisson de virolos et de départementales gravillonnées, avec Jojo et Riton, sur des Terrot qui ont porté "maman", des bécanes qui finiront sous une bâche de toile ou modifiés en motos de cross.
Alors les Triton et les réservoirs en alu, alors les freins à tambour double came avec prise d’air à l’avant… je les connaissais par cœur les noms des pilotes mythiques, les Agostini en Agusta, les Barry et tous les autres, tous ceux qui étaient épinglés au-dessus de mon lit, avec le pli du poster qui barrait la bécane.
Maintenant, je le tenais mon quart d’heure de gloire et le Triton définitif, il était à l’ombre, peinard avant la course de ma vie. Un dernier tour de clé, une dernière durite à serrer et j’allais « enrouler » grave, sortir le genou et chauffer le bitume du circuit avec ma bécane, à donf' pour rattraper le temps qui file.
NOGARO, le 3 août 2008
dimanche 8 novembre 2009
CAPTAIN CASQUETTE
« C’est pas pareil, quand tu portes une casquette, ta tête elle respire et ça donne un style qui va bien, tu ne trouves pas ? »

J’ai posé la photo sur le bureau, à côté du verre de Bourbon. C’était un cliché de 1947 et j’ai reconnu le Knucklehead qui dormait dans le garage, impeccable.
« Tu t’en es jamais séparé ? » j’ai demandé.
« Tu parles de la moto, évidemment ». Pete a souri, et, posant son doigt sur le cliché : « Finalement, j’ai perdu l’une en gagnant l’autre… ».
On s’est assis pour mieux goûter au liquide ambré qui refroidissait autour des glaçons et j’ai écouté l’histoire de Jeanne et du Knuck, pendant une partie de la nuit.
On avait laissé les fenêtres ouvertes pour que l’obscurité pénétre dans la maison, et le silence alentour tenait son personnage dans cette histoire de vie, comme un témoin grave et bienveillant.
Avant l’aube, on est sorti sur le perron pour goûter à la fraîcheur des arbres. J’avais perdu l’habitude de ces heures de veille et le sommeil a embué mon regard un moment.
Le son grave du moteur m’a alors sorti d’une vague somnolence. Recouvrant mes esprits, j’ai eu le temps d’apercevoir Pete lançant sa moto dans la pâleur timide de l’aube, tel un sombre animal pénétrant au cœur noir de la forêt.
OREGON, le 12 septembre 1973
mercredi 4 novembre 2009
Death Wall
Petit, j’étais fasciné par les machines à laver.
Plus large qu’un trou de serrure, il y avait l’œil du cyclope qui faisait qu’on pouvait regarder dedans, pendant que le linge continuait à tourner, avec les GLONG des ferrures de salopettes contre le tambour en inox.
Je passais des heures à essayer de suivre des yeux les culottes et les serviettes de toilette, avec des séances pour la couleur et des séances en noir et blanc, celles que je préférais. Mais la mousse engluait tout ça dans un magma de textile et de cellulose et je n’y comprenais plus rien quand ça se mettait à aller vite.
En automne, c’était la grande Kermesse près du canal, avec ses odeurs et ses couleurs. On a tout écrit sur le son des manèges et le goût des barbes à papa… J’insiste pas.
Mais ce que je préférais, c’était le mur de la mort.

Ca me tuait le coup des motos-qui-collent-au-mur, et la magie opérait dès qu’on s’approchait de l’estrade des bonimenteurs. Des gus qui parlaient dans un micro entouré d’un chiffon, devant les machines qui allaient imiter un T-shirt sale dans un cylindre en bois.
J’en perdais pas une miette, attentif à la sonorité des mots qui évoquaient des endroits de records du monde, des noms de pays que je cherchais ensuite dans Tout l’Univers.
Suivait la présentation des pilotes, devant les machines qui sentaient l’huile et l’essence. Je restais un moment à tanner mes parents pour un tour dans le tambour qu’ils m’accordaient finalement, mon petit frère préférant les autos tampons.
L’architecture du lieu était simple, bâtie autour d’un cylindre construit en lattes de bois, assemblées sur une structure de métal. Une coursive tout en haut du cylindre, avec des gens qui regardaient le fond de la cuve où stationnaient les engins.
Je dépassais à peine mon nez de la balustrade. Mais j’en perdais pas une miette, attendant que l’espace se remplisse du bruit des moteurs, que dans un élan décisif le pilote dirige sa moto près de mon visage, sentir plus près la chaleur du moteur, l’odeur de la gomme des pneus.

Et puis tout ça se mettait à tourner dans un boucan du tonnerre de Dieu, et le plancher vertical vibrait à mesure qu’il avait à supporter le poids de l’engin, dans une « olla » magnifique et progressive.
La dramaturgie de la séance imposait une gradation dans la prise de risque.
C’était d’abord des tours classiques avec une moto ou un engin à quatre roues. Et puis le pilote écartait les bras et ça devenait grandiose ; alors il grimpait sur la selle de sa moto, et c’est debout sur la machine qu’il saluait le public.
Moi j’attendais qu’il redescende sur terre. J’avais hâte de savoir comment il allait s’y prendre pour arrêter sa moto. Une mécanique ascétique avec l’essentiel autour d’un moteur qui devait provenir d’une Indian, parce que je me souviens de la tête d’Indien sur le garde boue avant, quand il y en avait un.
Mais l’atterrissage ne posait jamais de problème. C’était comme si la pesanteur avait raison de l’énergie mécanique et finalement le pilote se révélait simple piéton tout en bas de la fosse, une fois descendu de sa moto rouge.
mardi 3 novembre 2009
La 2 pattes

| Elle avait trimbalé tout ce qui a traversé ma vie : de la planche à voile à l’hélicon du gros Pat, de la « mob » à Jeff aux sacs de terreau pour agrumes, tout ce qui avait compté et rythmé mon existence avait sali ou défoncé la banquette de cette 2CV Citroën modèle 1956. Un cadeau du tonton Christian. Un jour, il en avait eu marre de ses ailes enveloppantes et tordues, de sa bâche bleue qui ne fermait plus et des crises de nerf de ma tante qui avait accroché une nouvelle fois sa jupe à un de ses ressorts de banquette. Il avait alors suspendu les clés bien en vue dans la cuisine de mon appart' avec un petit mot très sympa : « T’as jamais su garder une nana plus de 2 mois. On verra ce que tu feras avec celle-là ». "Celle-là", elle m’aura accompagné pendant plus de vingt ans. Comme un acné tenace et nostalgique, une concubine, tantôt charitable comme un bout de pain, tantôt inavouable comme une chaussure crottée. Je le confesse, elle m’a fait honte quelquefois, quand il me fallait sortir une copine ou ramener chez lui un collègue, mais elle s'est installée dans ma vie et a grandi au milieu des gosses, confirmant à moi-même le sentiment d’appartenir à la génération d’avant la radio transistorisée et le lève-vitre électrique. Elle demeurait comme un alibi de jeunesse au chaud dans le garage et tournait tous les jours. Une santé de pocharde, jamais un rhume, jamais une fuite d’huile et une compression de priapique. |
Et puis il a fallu que je m’en sépare. Un caprice de retour d’âge pour une petite Italienne rouge et ardente qui me faisait de l’œil depuis le fond du garage de Paulo.
Un galbe de starlette, un klaxon deux tons, tout le contraire de ma Deuch herbivore, d'un style plutôt « congés payés » que "week-end à Rome".
| J’ai remisé la Deuch dans le jardin du pavillon au milieu des chardons et des salades, et elle est restée à se tremper sous la pluie, comme quand on attend son amoureux sous un porche. Indifférent à ses coulures de rouille et à ses caoutchoucs de portes entamés, je frimais dans mon Alfa, le bras sur la portière et la radio à fond. Une vanité pré-pubère, une vraie crise de la cinquantaine. Un beau jour, lassé de la voir se déliter et pourrir lentement, je l’ai refilée à mon neveu, un ‘tit jeune de 20 berges amateur de vieilles bécanes et instable en amours. Juste accroché les clés au-dessus d’un poster de moto sur lequel j'ai écrit : « Fiston, t’as jamais pu garder une nana plus de 2 mois… ». |
lundi 2 novembre 2009
Y voir clair

« J’te préviens, Pete, t’auras bientôt plus la place.
- Tu penses, toi aussi, que ça fait trop. Regarde, au-dessus du feu, je peux encore en mettre un. »
Les deux hommes avaient reculé d’un pas pour mieux apprécier l’effet du dernier petit phare, et franchement, on n’y comprenait rien à ce délire d’accessoires.
« Je veux qu’on me remarque tu comprends. Et puis c’est ce qui plait aux filles ».
Pat avait alors levé les yeux au ciel, et maté une nouvelle fois l’engin entreposé dans la grange. On ne comptait plus le nombre de clignos et de boules chromées qui couvraient la surface de l’Electra. Incroyable.
Apercevant Pete exhibant une nouvelle pièce en métal, il avait alors définitivement pensé que Pete avait un problème sérieux avec lui-même et que tout ça avait à voir avec l’immonde paire de lunettes que sa mère l’obligeait à porter depuis la maternelle.
A court d’arguments, Pat avait alors avancé :
« Et où tu vas la faire asseoir, ta copine, t’as vu le délire, autour de la selle ? »
Mais Pete continuait à visser sa dernière breloque en rajustant ses lunettes de myope avec le bout de son index.
« J’avancerai sur le buddy et y’aura la place », il a répondu, tout en sachant au fond de lui-même qu’il n’y avait jamais eu et qu’il n’y aurait jamais l’ombre d’une fesse posée sur cette centrale électrique.
Alors Pat a posé sa main sur l’épaule de son frère et lui a simplement soufflé à l'oreille :
« Non, Pete, tu dévisses le garde-boue arrière là, c’est plus à droite, qu’il te faut visser ».
Portland, 20 mai 1956
vendredi 30 octobre 2009
Peinards, près des bécanes...

Après le repas, on avait l’habitude de discuter près des motos.
Bien sûr, aucun itinéraire de sortie n’était prévu d’avance. C’était à qui dirait la meilleure, et ça pouvait prendre une plombe avant qu’on se décide à tracer la route.
Du reste, on était peinard près des bécanes.
Y avait toujours un gus pour sortir une vanne, ou montrer sa dernière trouvaille, sous la forme d’un accessoire de chrome ou de cuir à ajouter sur sa moto.
Dan avait fixé aujourd’hui ses BUCO king size sur le garde boue arrière du Panhead et ça faisait l’événement.
Un ouvrage de cuir et de clous, avec quelques diamants rubis et safran sur le côté. Splendides.
Le renflement de la sacoche droite nous avait intrigués. Dan avait alors précisé, en soulevant le rabat :
« C’est des ‘tites culottes », et effectivement l’intérieur de la pièce était rempli de dentelles blanches et roses, tassées à la va-vite.
« T’as dévalisé le magasin du paternel, Dan ? »
Sans répondre, il a serré les lanières de cuir et caressé le buddy frangé de blanc.
« Avec ça, t’es pas en manque de chattes. Sûr, elles vont les poser bien à plat sur ton buddy, et si tu sais y faire, elles vont te les essayer sous tes yeux tes ‘tites culottes de soie ».
L’évocation des entrecuisses chauffées par le cuir avait allumé les pupilles des potes qui maintenant charriaient grave le malheureux Dan.
Finie la tranquillité pour lui. On attendrait le dimanche suivant pour connaître la suite. D’ici là, l’histoire aura fait le tour du club, et les paris iront bon train pour savoir qui de Suzie ou Laura aura chauffé ses fesses dans l’espoir d’un cadeau de soie rose.
Miami, Fl. – le 20 juin 1952
