lundi 26 mars 2012

vendredi 23 mars 2012

lundi 19 mars 2012

Pete

C’était juste un bout de terrain, depuis longtemps en jachère, ou abandonné.
Toujours est-il que ça suffisait pour « rouler » nos bécanes et soulever un tas de poussière qui irait coller aux lunettes et marquer les rides de nos rires. On se marrait bien, à pousser les moteurs dans les tours. Comme disait Pete :
« Dans la joie et la bonne humeur. »



On avait marqué les limites du run avec des piquets en noisetier et placé des bottes de paille dans les virages. Tout ce qui avait un moteur et au moins deux roues pouvait s’aligner sur la plus grande longueur du champ en attendant le signe du départ, donné au drapeau devant un podium fait de planches de coffrage.
Pour l’événement, Olie avait persuadé sa grande sœur de secouer un tissu à damiers qu’on avait bricolé avec des carreaux de drap bleu cousus sur un bout de parachute. Le spectacle avait de l’allure, avec toutes ces machines bruyante retenues par les mâchoires des freins à tambour, et prêtes à envoyer les gaz au plus haut dans les tours.

Les Abeilles étaient une bande de copains en dernière année d’atelier au lycée technique. Ils avaient tous une abeille dessinée sur le dos de leur bleu de travail, rapport au fait que Gino ne savait dessiner que des femmes à gros nichons et des abeilles.
Celles-ci paraissaient plus adaptées aux couleurs du club improvisé et, du coup, il y avait un essaim d’abeilles qui butinait autour d’un vieux tacot qui avait connu l’exode des premières années.
Les Abeilles roulaient en Ford des années 30, débarrassé de ses ailes de roue et des larges capots latéraux, et je m’étais fait la réflexion qu’une abeille sans aile ne faisait pas très sérieux dans une course de vitesse.

Nous autres, ont restait fidèles à nos motos.
Et pour déplacer l’esprit, comme dit Pete, il n’y avait pas mieux que deux roues et un moteur bien réglé.
On roulait par tous les temps à cette époque, et le plus souvent sous une bonne rincée de printemps qui gonflait d’eau nos vieux cuirs militaires.
On avait, à cette occasion, récupéré pas mal de motos laissées à pourrir dans le bocage. Et l’oncle en avait retapé quelques unes qu’il échangeait aux jeunots du coin contre un coup de main, dans le garage familial. On apprenait ainsi la mécanique en vidangeant des carters de Juva 4, tout en lorgnant du côté des motos rangées sous une bâche au fond de l’atelier.
C’était comme un salaire qu’on recevrait en fin de contrat, a dit mon oncle. Il tenait les comptes sous la forme d’heures de week end passées dans le hangar et notait les temps de présence sur un petit carnet bleu qu’il rangeait dans la poche poitrine de sa blouse.

Le premier à avoir « gagné » sa moto, ça a été Pete.
Même qu’il a choisi sa bécane avec soin, après que l’oncle eut tiré sur la bâche pour dégager la collection. Je me souviens du silence dans le garage à ce moment là et je revois Pete s’avançant vers le troupeau d’engins, serrés guidons contre guidons, pour choisir sa moto et la pousser sous la lumière.
On avait débouché une bouteille de cidre pour l’occasion, et le Nain il a voulu baptiser la moto en renversant son bol sur le réservoir. Mais un regard de Pete a suffi au Nain pour qu’il comprenne que, désormais, personne ne serait autorisé à toucher l’Indian qu’il venait de dégager du lot.


On trouvait de tout, pour ce qui est des pièces de rechange. L’oncle nous racontait que les Allemands avaient bombardé l’entrepôt US de l’autre côté du bocage et que des caisses entières de moteurs et de roues de motos avaient été dispersées et abandonnées par la troupe, obligée de faire mouvement.
Il racontait aussi que des motos neuves avaient fini au fond de la mer quand un thonier avait eu ses filets coincés là-dedans et qu’en remontant le chalut au moteur, des lots entiers étaient apparus à la surface.


En attendant, nos motos, alignées pour le départ, étaient les plus belles.
Et nous allions, une fois encore, battre ces enfoirés d’Abeilles coincés dans leur tacot, au bout de la course, dès que la grande sœur d’Olie aurait fini d’agiter ses gros lolos en trépignant avec son bout de parachute ridicule.

Radical Authentique Différent


mardi 13 mars 2012

jeudi 8 mars 2012